Introduction
Internet traduit l’accomplissement de la société de l’information grâce à une densification des réseaux de communication. Internet permet aussi une accélération de la mondialisation et de l‘interdépendance de l’espace mondial. C’est un outil capable de construire un monde unifié, globalisé, intégrant les zones les plus marginalisées de la planète en se jouant des frontières et des distances. Pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Internet n’a pas conduit à une homogénéisation du monde mais à une fragmentation entre connectés et non connectés. La dénonciation de ce fossé numérique est devenu le « nouveau dada politique » comme le mentionnait un article de Libération.
C'est devenu l'expression du moment. Certains parlent de «fossé numérique». Chirac en pince pour la «fracture numérique», version très XXIe siècle de la fracture sociale de sa campagne présidentielle de 1995.
L'expression «fossé numérique» et la réflexion sur les moyens de le combler viennent tout droit des Etats-Unis. Dès juillet 1995, le ministère du Commerce américain signale dans un rapport les disparités croissantes d'accès au réseau entre riches et pauvres, et entre ethnies. On ne parle pas encore de fossé numérique, mais l'expression perce dans les discours publics. En 1998, une version plus fine de la même étude est titrée «Nouvelles données sur le fossé numérique». Dans la presse américaine, les journalistes ôtent les guillemets et l'expression se banalise. En France, en août 1997, lors de l'université de la communication à Hourtin (Gironde), Lionel Jospin proclame: «Nous refusons que le fossé séparant ceux de nos concitoyens qui maîtrisent ces nouveaux outils du reste de la population s'accroisse.» Comme aux Etats-Unis, le thème devient même objet de surenchère politicienne, avec sa reprise par Jacques Chirac.
Pourtant, si la fracture numérique risque d’intensifier les inégalités existantes, il reste que le «fossé numérique» serait devenu un hochet politique bien pratique pour masquer une tendance de fond sur laquelle les gouvernements ont peu de prise: l'accroissement des inégalités de revenus, à la fois entre nations riches et pauvres, et, à l'intérieur même des pays, entre privilégiés et laissés-pour-compte. La fracture numérique n'est qu'un épiphénomène d'un mouvement plus général. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres.
Ainsi, nous montrerons que si la fracture numérique est une réalité sociale indéniable, elle est moins une cause qu’une conséquence d’inégalités sociales préexistantes et elle doit être démythifiée.
Cette fracture est surtout un beau thème de campagne politique. On peut la qualifier de concept électoral puisqu’elle donne lieu à peu de réalisations concrètes. Cependant, des initiatives publiques ou privées tentent de réduire cette fracture avec plus ou moins de succès.